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Docteur Jean-François VAN CLEEF |
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Ulcère variqueuxPrise en charge d’un patient porteur d’un ulcère de jambe à prédominance variqueuse
Relecture : F. Thibaut ; L. Novack ; L. Tribout, G. Nguiyen Khac
L’ulcère du tiers inférieur de jambe est à priori variqueux.
Préambule Ce texte a été rédigé avant et après lecture des recommandations pour la pratiques clinique de l’ HAS « Prise en charge de l’ulcère de jambe à prédominance veineuse hors pansement » publié en juin 2006 et du commentaire de François Becker page 16 et 17 dans le concours médical n°38 supplément, 2007.
L’ulcère variqueux ouvert ou actif est le stade clinique le plus évolué de la maladie veineuse chronique, c’est le C6 de la classification internationale CEAP (clinique, étiologique, anatomique et physiopathologique). Les ulcères variqueux sont généralement douloureux et affectent la qualité de vie. Aussi nous vous proposons un plan inhabituel pour mieux coller « au terrain » et donc vous allez suivre les 10 étapes de l’ulcère.
Les 10 étapes de l’ulcère
Debout Vous examinez tous les patients porteur d’un ulcère de jambe, debout sur un escabeau de phlébologie, membres inférieurs nus, sans bandages ou dispositifs. Vous faites un examen clinique et échographique à la recherche des varices sus-jacentes sans oublier les perforantes incontinentes excentrées (non saphènes) du tiers inférieur de jambe, vous en faites une cartographie pour envisager une stratégie pour l’éradication complète de ces varices.
En décubitus Vous poursuivez l’examen en position allongée : œdème, dermite ocre, hypodermite, cicatrice d’ulcères anciens ou d’atrophie blanche, télangiectasies bleus sous malléolaires voire couronne phlébectasique, états des ongles et des pulpes, peau entre les orteils (mycose), trophicité plantaire, pouls et vous complétez votre examen écho-doppler en veineux profond et au moindre doute vous faites un doppler artériel et une prise des pressions systoliques de cheville. Vous notez les facteurs aggravants :
Enfin vous vous intéressez à la plaie et à la peau péri ulcéreuse.
L’examen de la plaie et les pansements se fait dans une ambiance propre, non stérile. A cette occasion pour lutter contre la « clochardisation » il est bon de rappeler qu’il est souhaitable que le patient prenne régulièrement des douches avec une solution moussante sans savon et change bien ses draps et ses vêtements, se coupe et se brosse régulièrement les ongles…
Classiquement cette perte de substance siège au tiers inférieur de jambe en face médiale, rarement en face latérale et cette plaie n’a pas cicatrisée spontanément en un mois. La peau péri-ulcéreuse est exempte de purpura, de coloration mélanique ou de livido. Une coloration ocre, hémo-sidérique est possible surtout en cas d’ulcère récidivant, de même un eczéma squameux. Vous appréciez la sclérose des téguments pouvant aller jusqu’à une guêtre fibreuse.
Ulcère hyperalgique, dermo-hypodermite aiguë localisée, cet ulcère commence par une ou plusieurs micros ulcérations en sus malléolaire. Le mode évolutif est toujours le même.
Il n’a pas de forme clinique particulière et il est accompagné de varices.
L’ulcère à la fois artériel et veineux n’existe pas !
Souvent pré tibial il est du à un choc tangentiel qui provoque un décollement cutané avec un hématome sous-cutané. L’évacuation de l’hématome et le port d’un mi-bas classe 2 permettent une évolution favorable de cette plaie.
La curette, la spatule, le scalpel, la pince sont encore et toujours d’actualités. Code couleurSi le fond de l’ulcère est : Noir : détersion mécanique, éventuellement après ramollisement
On mesure avec une règle la plus grande longueur et largeur de la plaie en mm +++ ; on évalue la plus grande profondeur.
Dans tous les cas, la localisation autre que le tiers inférieur de la jambe en face médiale, l’absence de varices, le caractère multiple des ulcérations, la présence d’un purpura, d’une pigmentation mélanique péri ulcéreuse, d’un livido, d’un bourrelet sur la périphérie de la plaie, d’un hyper-bourgeonnement fait suspecter une étiologie non variqueuse et vous impose de rechercher une autre étiologie.
a- La biopsie se fait soit au scalpel, soit au punch de 6 mm de diamètre, au bord de l’ulcère, à cheval entre la peau et la plaie en prenant un morceau suffisamment étendu et profond. Un deuxième fragment est prélevé éventuellement en péri ulcéreux sur une pigmentation mélanique ou un livedo.
b- La biologie va à la recherche d’un syndrome myéloprolifératif (NFS, VS, plaquettes)
c- L’ulcère ancien et profond impose une radio osseuse (ostéopériostite)
Il existe un consensus pour n’utiliser ni antiseptique ni antibiotique local au niveau d’un ulcère variqueux.
La peau de la jambe, et particulièrement la peau péri ulcéreuse, demande un soin particulier.
Pour la plaie elle-même vous choisissez une marque avec un pansement non adhésif
(Par exemple : Urgotul*, Cellosorb*, …) Les pansements aux silicones ont leurs partisans ainsi que la bonne vielle méthode Bioxxyol* sur la plaie et Alloplastine* au pourtour. En cas de bourgeonnement trop important certains utilisent une pommade corticoïde sur un tulle à la place du batonnet au nitrate d'argent.
L’ulcère variqueux ne doit pas être la seule pathologie médicale dont il faut attendre la guérison pour en traiter la cause… Quelque soit l’âge du patient et en l’absence d’une contre-indication formelle vous débutez une sclérothérapie dès la première consultation si possible car l’ulcère est une urgence médico-sociale.
C’est la sclérose basse, faite au niveau de la varice qui asphyxie les tissus, très pratiquée par les anciens. Des doses assez fortes de produit sont injectées. La compressothérapie complémentaire en diminue les réactions inflammatoires.
Elle est plus actuelle avec les injections écho guidées de mousse. La dose et le produit tiennent compte de l’âge du sujet. On injecte du polidocanol ou du tétradécyl sulfate de sodium (1 volume liquide à 1% pour 4 volume d’air) à l’union du tiers supérieur et du tiers moyen de cuisse, en moyenne 4 à 5 CC afin d’obtenir un spasme et un remplissage de tout le tronc saphène à la cuisse. Un diamètre du tronc saphène supérieur à 6 mm n’est pas une contre indication à cette technique. Un contrôle écho doppler à 5-7 jours est souhaitable pour vérifier que le pôle supérieur du sclérus n’atteint pas la voie profonde. Dans tous les cas les injections complémentaires se font à un rythme soutenu, une à deux fois par semaine, jusqu’à l’éradication complète de toutes les varices et perforantes ce qui permet une guérison rapide de la plaie. Les varices en « canyon » près de la plaie demande doigté et dose faible de produit sclérosant…
Deux méthodes sont possibles en ville, les bas ou la bande collante fixe. Chez des patients adroits il est possible de mettre une bande coton Somos, laissée en place et sur laquelle une bande Biflex est posée par le patient uniquement pour la journée. Le pansement au contact de l’ulcère lui-même est changé 1 à 2 fois par semaine.
Vous vérifiez par l’interrogatoire l’alimentation protéique de votre patient, un déficit en protéine étant une cause de retard à la cicatrisation. Les patients âgés mangent souvent moins de viande, de poisson ou d’œufs et 10% des patients de plus de 80 ans sont dénutris. Bien sûr les comorbidités sont traitées : diabète, surpoids, insuffisance cardiaque, HTA…
Indispensable, ce bilan note la profondeur et la dimension en mm de la plaie. Ces dimensions sont comparées à celles du premier examen. Ou bien l’ulcère a évolué favorablement, sa profondeur et sa surface ont nettement diminuées, de l’ordre de 50%, et le même traitement est poursuivi Biopsie si :
Echo-doppler veineux : l’éradication des varices et des veines perforantes est-elle complète ?
Pansement occlusif (pathomimie, soins trop vigilants, antiseptique, surinfection à répétition lié à une hygiène douteuse…) Le moindre doute impose une botte collée permanente posée et enlevée par vous même
NFS, VS, plaquettes
Au terme de ce bilan vous redressez la situation, connaissant l’ensemble du contexte.
Après l’éradication complète de toutes les varices et veines réticulaires, un ulcère de jambe qui ne guérit pas avec une botte collée, posée et enlevée uniquement par vous, n’est pas un ulcère variqueux.
Questions-reponsesL’ulcère est parfaitement plan, en phase d’épidermisation, il ne fait plus que 5 mm de diamètre et il tarde à se fermer, que faire ? Ce cas est fréquent. Vous vérifiez que toutes les varices ont été traitées, vous mesurez la plaie, vous mettez de la solution de Milian alcoolisée à 30° sur et au pourtour de la plaie puis un simple tulle imprégné de vaseline et vous posez une botte collée pour 8 jours. Et puis encore 8 jours…
Bas à varices ou botte collée ? Au début vous choisissez les mi-bas si le patient est coopératif, deux « classe 2 » superposés.
Pour la botte collée, l’utilisation de couches multiples à l’aide de bandes à allongement faible et de bandes élastiques est-elle plus performante qu’une simple bande collante ? En théorie les médecins perfectionnistes ont raison de faire compliqué. En pratique vous préfèrerez le plus simple et le plus rapide pour le premier mois et après vous vous adaptez en fonction des résultats.
Peut-on utiliser des bandes élastiques amovibles ? Rares sont les patients qui savent poser les bandes. Les mi-bas sont préférables et bien plus confortables. La superposition de deux ou trois mi-bas est facile à enfiler pour le patient.
Le patient est allergique à tout… ? Lavage de la jambe à l’eau avec une solution moussante type Lipicar*surgras, solution de Milian sur les zones de peau fragile ou fine, vaseline officinale sur toute la jambe, vaseline en couche plus épaisse sur la plaie, compresse simple de gaze et botte collée, posée et enlevée par vous, composée de tubegaze* coton n° 78 et Veinopress*A3 10 cm.
Rythme des pansements ? Au début, le rythme de deux fois par semaine permet de bien prendre le patient en main et d’avancer rapidement les scléroses. Souvent après 4 séances passez à une par semaine ou 15 jours avec des mi-bas, le patient faisant venir une infirmière tous les 3 ou 4 jours (détersion mécanique.)
Scalpel ou punch pour la biopsie ? Si vous faites une biopsie sur le bord de la plaie, le scalpel est assez pratique pour enlever un fragment assez allongé. En péri-ulcéreux le punch est idéal.
Quand recourir aux greffes de peau en pastilles ou en filet ? D’après l’HAS (juin 2006), quand les ulcères sont de grandes tailles (> 10 cm2) et quand les ulcères résistants à plus de 6 mois de traitements conventionnels …
La chirurgie d’éveinage est-elle possible avec un ulcère variqueux ? Oui, avant de rentrer au bloc opératoire, le patient enlève le pansement et prend deux douches à une demi-heure d’intervalle, de la racine des cheveux aux orteils, sans oublier le brossage des ongles des mains et des pieds, avec une solution moussante et avec l’aide d’une infirmière. La plaie est couverte par un simple pansement adhésif. Au bloc la désinfection de la peau de tout le membre est attentive, de haut en bas. L’éveinage se fait du haut vers le bas, si possible par phlébectomie, parfois par stripping court. Le chirurgien reste à distance du bord de l’ulcère (10 cm.). Une bande collée est posée en fin d’intervention. La surveillance post-opératoire des micro-incisions est rapprochée, J1, J2, J5…
Pourquoi préférer la sclérothérapie et pourquoi la commencer dès la première consultation ? La chirurgie seule ne semble pas accélérer la cicatrisation de l’ulcère mais elle évite les récidives. Une fois l’ulcère fermé nous ne sommes pas certains qu’un éveinage chirurgical sera réellement pratiqué chez ces patients peu médicalisés, mal suivis, mal conseillés ou opposés à l’éradication chirurgicale de leurs varices Les termes « clochardisation » et « urgence médico-sociale » ne sont-ils pas un peu excessifs ? Le patient porteur d’un ulcère souffre, déprime et est malodorant. On observe une perte de son hygiène corporel et vestimentaire. Il va avoir tendance à rester reclus chez lui. Une taudification de son habitat est même possible chez ce sujet souvent âgé. Face à ce tableau une consultation en cabinet et non à domicile est obligatoire (position debout, éclairage adéquat, examen écho doppler…) Il convient de prévoir si besoin un transport en ambulance.
Ulcère sous malléolaire et post thrombotique ? Il s’agit souvent d’une localisation sous malléolaire latérale. Si la thrombose est ancienne il convient de supprimer le réseau variqueux sus jacent et péri ulcéreux. Les indications et les méthodes sont réservées aux médecins vasculaires expérimentés. La sclérothérapie précautionneuse (aiguille tangentielle à la surface de la peau et faibles doses de produit) est souvent possible en sous malléolaire après l’éradication des varices et perforantes de jambe et ce malgré la présence d’un reflux en veine poplitée. La récidive variqueuse est fréquente et impose une surveillance rapprochée (tous les 2 à 6 mois selon les cas).
Quel est le traitement d’une atrophie blanche ? Seule la destruction des varices sus et adjacentes permet une évolution favorable et plus rapide de ce type d’ulcère. Certains ont proposé une ablation chirurgicale de l’ensemble de la zone inflammatoire. Notre politique est de supprimer toutes varices ou veinules réticulaires sur l’ensemble du membre concerné. La récidive d’atrophie blanche est toujours accompagnée d’une récidive variqueuse ou de veines réticulaires…En plus de l’examen clinique une surveillance trimestrielle écho-doppler avec une sonde de 13MHz est donc indispensable sur ce terrain particulier pour éradiquer toutes varices ou veinules. La contention avec ou sans mousse de latex limite les récidives. | |
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